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Gros plan sur le steampunk

Originellement, la notion de steampunk se rattache à l’univers de la littérature, bien qu’elle se soit par la suite étendue à bien d’autres domaines. Sous-genre de la science-fiction, le steampunk a été inventé dans les années 80, mais son « action » se situe bien souvent au 19e siècle, durant la révolution industrielle, et est la plupart du temps localisée en Angleterre, en pleine société victorienne – bien que Paris, en particulier dans le cadre de l’Exposition Universelle, se dispute la scène avec Londres.

Le terme lui-même se compose des mots « vapeur » (steam) et « punk » qui, ici, renvoie à une notion d’avenir incertain, voire pessimiste, inspirée du célèbre slogan punk « No Future ». Equivalent du « rétrofuturisme », on peut le définir comme « le futur tel qu’on l’imaginait dans le passé » ou, plus simplement, comme un « passé futuriste ». Le steampunk présente donc un temps historique alternatif, puisqu’il s’ancre certes dans notre histoire à l’aide d’événements, personnages et faits historiques véridiques, mais nous la présente sous un jour nouveau en y introduisant des actions et des éléments complètement inédits. En effet, les anachronismes (en particulier en ce qui concerne la technologie de l’époque) sont légion dans ce sous-genre, en constituant même l’un des critères principaux, et justifient par ailleurs son appartenance au genre plus large de la science-fiction… une science-fiction victorienne, bien sûr.

Créateurs et précurseurs

On s’accorde à dire que le steampunk a été créé il y a seulement quarante ans, par trois auteurs (Tim Powers, K. W. Jeter et James Blaylock) qui cherchaient à définir le nouveau genre littéraire qu’ils expérimentaient alors et qui, selon eux, n’entrait dans aucune catégorie existante.

Par la suite, on se rendit compte que des éléments proches du steampunk apparaissaient déjà dans des romans pourtant antérieurs à ces années, notamment chez quelques auteurs très connus tels que Jules Verne et H. G. Wells, à qui l’on doit notamment « La machine à explorer le temps », un thème fort et souvent exploité dans la littérature steampunk. Si l’univers de ces écrivains a de toute évidence fortement influencé l’établissement de la culture steampunk, il existe une différence de taille entre les deux : les événements qui sont relatés par Verne ou Wells, bien que présentant également des anachronismes et des perspectives futuristes, appartiennent généralement à une époque qui fut contemporaine de leurs auteurs. Quant au roman steampunk à proprement parler, né, comme nous l’avons dit, à la fin du 20e siècle, il parle d’un passé que ses auteurs n’ont jamais connu. De fait, les ouvrages écrits avant 1980 ont été reliés, à tort ou à raison, à un courant que l’on nomme « proto-steampunk ».

Esthétique steampunk

Un univers un brin kitsch, souvent (mais pas systématiquement) sombre et peu coloré, un monde peuplé de dandys, d’automates et de savants fous, des zeppelins et des locomotives à vapeur, une pollution omniprésente, des gramophones, ombrelles, monocles, rouages, pistons et turbines… Si vous rencontrez au moins trois de ces éléments au fil de votre lecture, vous êtes assurément en train de lire un roman steampunk ! Mais ce ne sont pas tant des renforts littéraires que les composants d’une véritable esthétique steampunk qui a largement dépassé les limites de l’écrit, en débordant sur à peu près toutes les formes d’art connues.

Illustration d’Albert Robida (source : flickr)

Le steampunk, c’est un assemblage étrange de design et de technologie pour un rendu à la fois industriel, baroque et gothique. C’est de la « hightech » archaïque, des appareils qui fonctionnent grâce à la vapeur plutôt qu’à l’électricité. C’est une architecture imposante, des machines énormes et un décor extravagant. C’est aussi une frontière ténue entre la science et la magie, réinterrogeant les frontières entre ces dernières : où s’arrête la première et où commence la seconde ?

S’il se base donc sur son lot de références propres, le steampunk emprunte aussi beaucoup aux autres univers, s’imposant comme une véritable culture « de recyclage ». Contrairement à ce qu’il pourrait laisser croire, ce terme n’est ici pas péjoratif. Il désigne un mouvement à la fois culturel et esthétique basé sur le recyclage au sens le plus large : recyclage des genres et littérature de recyclage.

Recyclage des genres, tout d’abord, parce que outre son univers, le scénario d’un roman steampunk peut jouer sur toute une gamme d’intrigues : policière, fantastique, romantique, horrifique ou encore philosophique… Certes, cela ne nous facilite pas la tâche quand il s’agit de définir ce genre !

Littérature de recyclage, également. La différence est peut-être mince, mais elle existe. Ce que l’on nomme dans ce cas littérature de recyclage est le fait d’aller chercher ailleurs, de préférence dans d’autres récits, des éléments qui seront récupérés dans une nouvelle histoire. Les personnages, par exemples, sont souvent recyclés et des personnalités fictives (Sherlock Holmes) ou réelles (Arthur Conan Doyle, la reine Victoria…) sont régulièrement les protagonistes des romans steampunk.

Culture et art de vivre

Comme je l’ai dit, tous les domaines se sont tôt ou tard emparés du courant steampunk, le faisant plus ou moins sortir de ses cadres géographiques et temporels. C’est le cas du cinéma (avec notamment “Hugo Cabret”, “La Ligue des Gentleman extraordinaires” et “La Cité des enfants perdus”), de la télévision (« L’Île mystérieuse » ou « Les Mystères de l’Ouest », par exemple) ou encore du monde musical.

Musicalement parlant, le steampunk ne constitue pas un style à part entière, mais on le retrouve dans d’autres genres tels que le métal et la musique folk. On reconnait les groupes steampunk, une fois encore, par leur esthétique (vêtements décalés, instruments rétro) et bien sûr par leur musique, aussi bien dans la sonorité de celle-ci (bruits mécaniques) que dans les paroles.

Abney Park (source : Wikimedia Commons)

Thomas Truax est lui aussi un musicien qui se revendique du mouvement steampunk – je vous invite à aller écouter sa musique, mais je vous préviens, c’est spécial ! Il a lui-même créé certains de ses instruments, comme le « Hornicator » ou encore le « Spinster » et avoue même les considérer comme des êtres à part entière, les membres d’un groupe, en quelque sorte. Ceci n’est pas sans rappeler la notion très répandue dans le steampunk de machine égale, ou tout du moins identifiable à l’homme.

Thomas Truax (source : flickr)

Parmi les grandes figures steampunk actuelles, n’oublions pas non plus Jake von Slatt, un inventeur qui aime créer essentiellement dans ce style.

Jake von Slatt et sa “Wimshurst Machine” (source : Wikimedia Commons)

Nous pouvons aussi compter le jeu vidéo au nombre des domaines à avoir voulu expérimenter le steampunk. Des jeux comme Zork, Professeur Layton, BioShock et même Dishonored épousent tous un esthétisme très steampunk.

BioShock Infinite (source : flickr)

Cet esthétisme, pour terminer, se retrouve aussi dans l’architecture. Pensez notamment à l’espace des Machines de l’île à Nantes, inspiré entre autres choses de l’univers de Jules Verne…

L’espace des Machines de l’île (source : Wikimedia Commons)

Mais le steampunk, finalement, ce n’est pas qu’une esthétique graphique ; c’est aussi un art de vivre. Du moment que le mouvement a été créé, c’est toute une communauté qui s’est formée autour de son univers et de ses principes : des artistes, des esthètes, des amateurs… qui aujourd’hui sont très actifs dans le domaine et organisent de nombreux événements en lien avec leur passion, dont des jeux de rôle en costumes.

Groupe de fans steampunk (source : Wikimedia Commons)

Au-delà de la forme : idéologies et revendications sociales

Le steampunk est donc un sous-genre littéraire, un mouvement esthétique et un art de vivre… mais ce n’est pas tout. Il s’agit aussi d’une véritable réflexion autour de la relation que l’homme entretient avec la machine, personnage à part entière qui peut lui simplifier la vie comme se dresser contre lui. Dans cette optique, le steampunk se fonde sur des idéologies dont la portée demeure intemporelle et universelle.  Sous ses airs « antimodernes » le steampunk est souvent une critique plus ou moins dissimulée de la société actuelle (pollution et problèmes écologiques, essor des machines et excès liés à la technologie, expansionnisme, questions politiques et sociales…)

Les connaissances technologiques et mécaniques y sont d’une importance déterminante. Maîtriser le savoir lié aux machines, c’est pouvoir s’affranchir de certaines règles, lois ou obligations, obtenir respect et reconnaissance, se faire sa place socialement ou encore être libre, tout simplement. Ne pas savoir est donc dangereux, mais en savoir trop l’est généralement encore plus : le développement des savoirs extrêmes est souvent critiqué, par exemple via l’invention d’armes aux effets dévastateurs. Le thème de la « catastrophe » est en effet récurrent, comme l’explosion du dirigeable LZ 129 Hindenburg, véritable fait historique surgi en 1937, et qui se trouve fréquemment repris.

 

Alors, le steampunk, simple sous-genre ou univers à part entière ?

3 Commentaires

  1. clive93
    clive93

    Coucou,

    Super article! =D Jules Verne *p* Par contre (avis très personnel) je trouve que le groupe Abney Park, ne va pas assez loin dans l’univers steampunk, ça reste (au niveau musical) une sorte de rock. Je conseil donc Spiky pour ceux qui veulent découvrir, c’est spécial aussi, mais plus “musical” que Thomas Truax (je trouve) ^-^
    Merci pour cet article =D

    26.06.2017
    |Répondre
  2. Ombre
    Ombre

    Coucou ! Le sujet m’a particulièrement intéressée et je suis ravie d’en avoir appris autant. Juste un détail qui m’a fait tiquer… Layton n’est pas spécialement steampunk à mes yeux :/ J’avais une belle argumentation, mais je ne préfère pas la poster ici, d’autant plus que tu m’as vraiment amenée à réfléchir à ce qui rattache quelque chose au steampunk 😉

    08.07.2017
    |Répondre
  3. Rostanga
    Rostanga

    Décidément, tes articles ont le don de me faire apprécier des sujets que je n’aime pas spécialement en temps normal… Merci beaucoup !

    19.07.2017
    |Répondre

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