Skip to content

Les recettes (marketing ?) du bonheur

Le hygge

Prononcé « hugueu » ou « hoo-ga » selon les versions, le hygge est un terme aujourd’hui bien connu qui est arrivé sur le devant de la scène au cours de l’hiver 2016. Venu tout droit du Danemark, il s’agit là d’un concept flirtant entre philosophie sociale et art du mieux vivre, dont le but est finalement d’apprendre à accorder de l’importance aux petites choses du quotidien pour être plus heureux.

Comment cela se traduit-il dans la réalité ? A vrai dire, c’est assez simple et c’est justement cette simplicité qui fait le succès du hygge car tout le monde, partout, peut en appliquer les principes : authenticité, confort et convivialité. Pour ce faire, l’un des maîtres mots est indéniablement « profiter » – profiter des lieux où l’on se sent bien, profiter de se retrouver avec ses proches, profiter de l’instant présent… Tout ceci est accessible au quotidien et ne coûte en plus pas un centime. Le plaisir de se concocter un bon petit plat, la sensation délicieuse que l’on ressent en s’emmitouflant sous les couvertures ou encore le choix de troquer quelques heures son smartphone contre un bon livre, voici autant de petits moments « hygge », à savourer seul ou à plusieurs.

source : pixabay

Pour parvenir à cet état ultime de détente, les Danois brûlent pas moins de six kilos de bougies par an et par personne, afin d’obtenir une ambiance douce et chaleureuse. La maison, centre de la vie familiale, s’instaure ainsi comme le lieu privilégié de l’épanouissement personnel, ce que les marques d’ameublement et de décoration ont bien compris, en créant progressivement toute une gamme d’objets « hygge » à base de matériaux bruts et naturels.

Depuis, d’autres domaines ont investi les concepts du bonheur à la danoise : cuisine hygge, musique hygge ou encore cosmétiques hygge, qui respectent l’environnement et mettent l’accent sur des formules 100% bio et une présentation sobre, épurée.

source : flickr

On ne verrait pas un petit peu pointer l’argument marketing, là ?

 

Philosophies scandinaves…

Pas besoin d’aller bien loin pour tomber sur d’autres de ces recettes du bonheur. En Suède, par exemple, on pratique plutôt le lagom qui, pour se différencier du hygge, met l’accent sur la recherche de l’équilibre, la simplicité et la modération. L’idée maîtresse est de n’abuser de rien, tout en s’autorisant malgré tout à se faire plaisir : ne pas se goinfrer, mais manger sain, ne pas dépenser tout son salaire en faisant du shopping, mais acheter quelques vêtements de bonne qualité, qui dureront plus longtemps… Tout ceci ne doit bien sûr pas générer un sentiment de frustration, mais au contraire nous aider à nous libérer des contraintes matérielles liées à la société de consommation. C’est donc une forme de minimalisme consistant aussi à prendre soin de la planète, par exemple en limitant le gaspillage ou en faisant des économies d’eau et d’énergie.

La Scandinavie a également vu naître le concept de « nesting » qui vient de l’anglais « faire son nid ». Il s’agit à peu de choses près d’une réactualisation du bon vieux « cocooning », consistant à passer nos soirées à la maison, vautré dans notre canapé, devant nos séries préférées. En effet, le nesting défend le droit de ne pas sortir de chez soi le week-end et de préférer buller et se reposer plutôt que d’aller tester le nouveau sushi bar à la mode. Mieux que ça : il déculpabilise les personnes casanières en faisant de leur foyer le plus tendance des spots à la mode ! Sortir en deviendrait presque has-been… Le principe, en lui-même, est toutefois assez proche de ce qui précède : prendre le temps de se ressourcer, de se détendre, de se recentrer sur soi-même, tout simplement.

 

…mais pas que !

Face au succès que remportent ces nouvelles philosophies, d’autres en ont profité pour lancer leur propre art de vivre. C’est le cas, par exemple, de l’Ecosse, qui, en 2018, a voulu frapper un grand coup en remettant au goût du jour le còsagach. Frère jumeau du hygge, ou presque, le còsagach se base sur les mêmes critères, mais y ajoute un ingrédient très national : les paysages écossais. En effet, prendre le temps de contempler les lochs, glens et autres kyles typiques de là-bas apporterait un sentiment de plénitude inégalé…

Rien de surprenant, donc, que cette nouvelle mode du còsagach ait été lancé par… l’office du tourisme écossais ! Voici donc un joli coup de pub pour inciter les touristes à venir se relaxer chez eux !

source : pixabay

Cela dit, tout ne découle pas du hygge et tout ne dissimule pas un but marketing plus ou moins évident. Au Japon, cela fait depuis le 12e siècle que le wabi-sabi, associé aux concepts du bouddhisme zen, s’intéresse à trouver la beauté dans les choses imparfaites, incomplètes et éphémères. Ici, la recherche de la simplicité est censée influencer positivement l’existence et mener à un sentiment profond de satisfaction. On y trouve également une notion d’humilité face aux phénomènes que l’on ne contrôle pas, comme les caprices de la nature ou le temps qui passe.

 

Il est où le bonheur, il est où ?

J’espère ne décevoir personne en déclarant que la recette miracle du bonheur n’existe pas. Les nations qui caracolent en tête du classement des pays les plus heureux (et dont les états scandinaves squattent le trio de tête) possèdent toutes un niveau de vie élevé qui explique en grande partie leurs bons résultats. D’un autre côté, dire que le succès de ces « philosophies du bonheur » ne serait dû qu’à une quête quasi-obsessionnelle du bien-être serait exagéré également. Le hygge, le lagom et les autres trouvent un écho probablement parce que leur point commun est un retour aux sources et une incitation à prendre le temps de vivre, deux choses qui se sont peut-être un peu perdues au cours des dernières décennies, notamment avec l’avènement des nouvelles technologies (qui ont aussi leurs avantages, évidemment).

Je terminerai cet article avec les résultats d’une étude très sérieuse, menée sur pas moins de 75 ans ! Plus de 700 personnes y ont été suivies, afin de tenter de découvrir ce qui nous rend heureux. Verdict : ce n’est ni l’argent, ni la popularité, mais bel et bien le fait d’entretenir des relations harmonieuses avec son entourage. Alors, si vous voulez vivre heureux, vous savez ce qu’il vous reste à faire….

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.